2) Les interrogatoires des suspects
La déposition d’Alice Lundebeck, 41 ans, épouse de la victime, femme au foyer.
« Comment osez-vous me questionner sur la mort de mon époux ? Nous étions mariés depuis dix-neuf ans. Discuter avec vous dans un moment pareil, cela m’épuise ! Le matin où c’est arrivé j’étais parti en voiture, avant 10h00, chercher un colis à la Poste. Il s’agissait du dernier roman de Franck Zecker que j’avais commandé par Internet. En rentrant à la maison, il y avait deux autos sur notre parking. En sortant de mon véhicule, j’ai vu Gregory Angus s’approcher. C’est lui qui m’a tout raconté. L’une des voitures stationnées était la sienne et l’autre appartenait à Emmanuelle Lundebeck. Celle-ci, on ne l’avait pas vu depuis des années ! C’est une fille à problèmes. Marc lui avait déjà envoyé de l’argent dans le passé. Mais là, elle s’était sûrement déplacée pour qu’il renfloue ses dettes. Et si Marc avait refusé de lui donner ce qu’elle voulait, ne croyez-vous pas que … ? »
Les vérifications effectuées.
La mauvaise réputation de la sœur de la victime est de notoriété publique.
Le livre neuf, contenant un accusé de réception signé à la date du 16 octobre, se trouve bien dans la voiture de Madame Lundebeck. Le bureau de Poste se situe à 7 kilomètres du domicile.
La déposition de Gregory Angus, 62 ans, médecin, célibataire, associé de la victime dans le même cabinet médical.
« Je suis arrivé vers 11h30 ce jour là. Les Lundebeck m’avaient invité à déjeuner. Il y avait déjà une voiture sur le parking. Après m’être garé, j’ai marché vers la maison, avec mon bouquet de roses. J’ai sonné et j’ai attendu. La porte d’entrée est en fer forgé et vitrée. J’ai donc jeté un coup d’œil à l’intérieur. J’ai distingué une silhouette, prostrée sur le sol et qui criait. J’ai compris que quelque chose n’allait pas. J’ai posé ma main sur la poignée, la porte n’était pas verrouillée, je suis entré. C’est alors que j’ai vu la sœur de Marc au milieu du hall et un peu plus loin, à moitié sur l’escalier, quelqu’un allongé par terre. En m’approchant j’ai vu qu’il s’agissait de Marc. J’ai bondis en arrière et j’ai laissé tomber les fleurs ! J’ai tout de suite voulu parler à sa sœur, pour comprendre. Elle était prise de tremblements, la tête entre les coudes, elle ne répondait pas. J’entendis alors une voiture s’approcher et je suis sorti en courant. C’était Madame Lundebeck. J’ai essayé de lui expliquer la situation avant qu’elle ne pénètre dans le hall. La pauvre, elle est sous le choc. Je les connaissais bien tous les deux, ainsi que Maxime, leur jardinier. J’ai vu le vieux Maxime très en colère il y a une semaine. Marc lui avait annoncé son licenciement. Je crois que Marc voulait embaucher un employé plus jeune et plus dynamique. »
Les vérifications effectuées.
Le fleuriste du marché hebdomadaire de Musignac se souvient avoir vendu à Monsieur Angus un bouquet de roses rouges vers 10h30. Le maraîcher confirme l’avoir eu comme client sur son stand vers 10h45. Les voisins de Grégory Angus déclarent l’avoir vu garer son véhicule devant son domicile vers 11h00, décharger un cageot de fruits et légumes, puis repartir en voiture. Quatre kilomètres séparent la maison de Marc Angus de celle de la famille Lundebeck.
La déposition de Maxime Frogue, 62 ans, employé de la maison, veuf et grand-père.
« La dernière fois que j’ai vu Monsieur Lundebeck c’était à la télé. Il souriait de toutes ses dents. Pourtant, la veille, il ne rigolait pas vraiment pour m’annoncer qu’il me virait. J’ai bossé pour lui et son épouse pendant huit ans. Avant ça, j’étais ouvrier, mais l’usine a fermé. Le seul boulot que j’ai trouvé ensuite c’est jardinier chez les Lundebeck. Je faisais aussi tout le bricolage et je réparais les cannes à pêche. Je ne travaillais chez eux que trois jours par semaine. Le matin du crime j’étais chez moi. J’ai appelé mes enfants vers 10h15. Si j’ai une voiture ? Non. Quand j’allais chez le docteur, c’était à pied. A mon âge, il me faut trois quart d’heure pour faire les deux kilomètres. En huit ans, j’en ai vu des histoires ! Monsieur Lundebeck, ça faisait longtemps qu’il voulait divorcer. Mais c’est elle qui venait d’une grande famille. Elle possédait tout, la belle maison, le cabinet de son mari et même la berline. Lui, c’était un garçon du coin qui avait fait des études. Mais comme il y a deux médecins dans notre village et pas beaucoup de malades …. Alors moi je dis qu’avec l’argent de la télé, il pouvait lui dire adieu à son Alice. »
Les vérifications effectuées.
Le relevé téléphonique du poste fixe de Maxime Frogue indique un appel passé de 10h12 à 10h26. Maxime ne possède aucun véhicule et personne ne l’a vu sur la route ce jour là. La clé anglaise dans l’escalier provient d’un atelier situé dans le garage de la victime. Cet outil était parfois utilisé par Maxime pour des travaux de bricolage.
La déposition d’Emmanuelle Lundebeck, 36 ans, sœur de la victime, célibataire, sans profession.
« Oui, j’ai vu le corps la première. Comment suis-je entrée ? Il y a trois ans Marc m’avait prêté une de ses clés. Je l’avais conservé par erreur. Quand j’avais proposé à Marc de la lui renvoyer par la Poste, il m’avait répondu de la garder et de la lui remettre quand je passerais le voir. Voilà je suis revenue et …il …. Pourquoi ce jour là ? Je savais que mon frère avait gagné au jeu télévisé, je voulais le féliciter. Lorsque j’ai sonné à la porte, personne n’a répondu. En entrant dans le hall j’ai appelé : il y a quelqu’un ? Et puis … enfin ... il était là, par terre … j’ai touché sa joue … elle était tiède, mais quand j’ai croisé son regard vide … Alors, j’ai hurlé pour appeler à l’aide et j’ai eu une crise de nerfs. Le docteur Angus a voulu me calmer, mais j’ai refusé de me laisser toucher par ce type. Quand j’étais plus jeune le docteur … enfin … Grégory m’avait proposé de la drogue, pour la première fois. Il organisait son petit trafic dans la région. Marc était au courant, mais il préférait fermer les yeux. Aujourd’hui, je n’en prends plus, je suis « clean ». Si Marc avait su que sa propre sœur avait été cliente de son collègue ! J’espère que mon frère avait finalement décidé de ne plus le couvrir. »
Les vérifications effectuées.
Emmanuelle Lundebeck habite à Orléans à 280 kilomètres de Musignac. L’homme avec qui elle vit confirme lui avoir donné 60 euros pour faire le plein de sa voiture, la veille du crime. Il sait aussi qu’Emmanuelle allait rendre visite à son frère dans l’espoir d’obtenir un soutien financier. Il déclare qu’elle a quitté d’Orléans vers 07h30 du matin. Un examen médical indique qu’elle souffre d’une santé fragile et le test de dépistage de produits stupéfiants s’avère négatif.
Qui a commis ce crime ?